D’un institutionnalisme à un autre

Commentaires sur « Des marchés au Marché, d’une transformation à une autre », postface d’Alain Guéry à « Polanyi, Arensberg et Pearson, 2017, Commerce et marché dans les premiers Empires - Sur la diversité des économies, Paris, Le bord de l’eau »

Olivier Brette
INSA Lyon, Université de Lyon / CNRS Triangle, UMR 5206

Il me revient le privilège et l’honneur de soumettre à la discussion quelques commentaires sur le texte d’Alain Guery (2017).
Je voudrais d’abord saluer le choix, particulièrement heureux à mon sens, qui a été fait de confier à Alain la postface de la réédition de Commerce et marché dans les premiers Empires. Ceci pour deux raisons au moins. En premier lieu, il faut rappeler ici qu’Alain Guery est non seulement un éminent historien mais qu’il est aussi un très fin connaisseur de l’économie institutionnaliste, un courant de pensée économique dans lequel s’inscrit notamment l’œuvre de Karl Polanyi. Ce double champ d’expertise permet à Alain d’apprécier l’importance des enjeux, tant disciplinaires qu’interdisciplinaires, dont est porteur le projet mis en œuvre par Polanyi et ses coauteurs. En second lieu, il faut souligner combien est fécond le regard qu’Alain Guery, historien des rapports entre économie et politique à l’époque moderne, porte sur cet ouvrage dédié principalement à l’économie des sociétés primitives et antiques. Particulièrement stimulante est la mise à l’épreuve de certains choix méthodologiques de Polanyi, qui conduit Alain à mettre en exergue une sorte de point aveugle dans l’analyse polanyienne, qui s’étend, en Europe, du bas Moyen Âge à la seconde moitié du XVIIIe siècle. Durant cette période nous dit Alain Guery, « [l]es marchés sont bien restés enchâssés dans le reste de la civilisation, au point même d’y être en symbiose, mais cela leur a permis de diffuser des règles nouvelles, plus simples et plus générales, qui ont mené à une première transformation, de plus longue durée, à laquelle Polanyi n’avait pas pensé, plus attentif aux sociétés plus lointaines dans le temps et l’espace que celles où s’est jouée sa Grande transformation » (p. 457).

Cédric Hugrée, Alexis Penissat, Alexis Spire, Les classes sociales en Europe, Tableau des nouvelles inégalités sur le vieux continent, L’ordre des choses, Agone, 2017


     Les auteurs nous proposent un ouvrage original qui entend renouer avec une approche en termes de classes sociales en l’appliquant à l’échelle européenne.  Ils entendent d’une part renouer avec une approche théorique  définissant les classes par leurs diverses dimensions, refusant de les réduire à une simple échelle de revenus et de patrimoines mais en intégrant les conditions d’emploi et de travail, les styles de vie, les conditions de logement, les pratiques culturelles et de loisirs. D’autre part, ils s’appuient sur de nombreuses données empiriques tirées de 4 grandes enquêtes européennes harmonisées et sur l’existence depuis 2014 d’une classification socioprofessionnelle en Europe appelée European Socio-Economic Group (Eseg) adoptée en 2016 par Eurostat.  L’Eseg distingue sept groupes socioprofessionnels (cadres dirigeants ; professions intellectuelles et scientifiques ; professions intermédiaires salariées ; petits entrepreneurs (non salariés) ; employés qualifiés ; ouvriers qualifiés salariés ; professions salariées peu qualifiées) que l’on peut regrouper en trois classes (populaire, moyenne, supérieure).

Capitalisme, capitalismes…   


Bernard Drevon
Lyon, le 25/2/2017

(avec mes remerciements à Olivier Brette et Jérôme Maucourant pour le travail de relecture et de correction)

Introduction

    Notre réflexion portera sur les évolutions principales du capitalisme et des relations sociales qui le caractérisent. Elle laissera donc en dehors de son champ d’étude d’autres éléments de l’histoire et de nos sociétés contemporaines tout aussi importants, refusant de se placer dans une perspective déterministe où l’économique serait déterminant en dernière instance. De plus, pour limiter l’ampleur du propos, nous tenterons d’isoler quelques grandes tendances sans souci d’exhaustivité et avec une grande prudence face à la complexité du réel… Un des fils conducteurs est la réflexion sur le statut de la finance dans l’évolution du capitalisme, ses fonctions et les contradictions dont est porteuse la financiarisation.

 La finance au service de l’accumulation dans le premier capitalisme industriel

    Un système économique est, selon la définition de Karl Polanyi un « procès institutionnalisé d’interaction entre l’homme et son environnement, qui se traduit par la fourniture continue des moyens matériels permettant la satisfaction des besoins. » (1) Le système capitaliste n’est qu’un mode particulier d’institutionnalisation du processus de production, celui de la propriété privée des moyens de production. Dans ce système, l’initiative de la production revient aux acteurs privés, individus comme entreprises, guidés par la recherche du profit. Dans un second temps, ceux-ci valident socialement leur production en satisfaisant la demande des consommateurs s’exprimant sur un marché. (2)

Philippe Frémeaux nous signale la sortie de son livre Après Macron - Les petits matins - 2018

Il en présente ainsi les objectifs :

"Face à cette situation, s’il est urgent de reconstruire la gauche, ce n’est pas pour tourner le film à l'envers. Pour autant, si le clivage droite-gauche a été affaibli par de multiples raisons que je m’efforce d’analyser, il demeure pertinent à mes yeux même s’il faut renouveler la promesse portée par la gauche si l’on veut redonner de l’espoir aux classes populaires et rallier les classes moyennes séduites par Macron. Pourquoi l’idée de gauche demeure pertinente ? Parce qu’elle porte une conception de la liberté et de l'égalité qui n'est pas celle d'Emmanuel Macron. Lui met en avant la liberté d'entreprendre alliée à une pseudo égalité des chances qui permettrait à chacun, s'il en a le talent, de devenir millionnaire. On peut tout à fait considérer que la liberté d’entreprendre est une excellente chose. On doit se féliciter de l’autonomie croissante des individus et de l’émancipation qu’elle apporte, tout particulièrement pour les femmes. Mais être lucide sur les limites objectives à la capacité d’une la plus grande partie de nos concitoyens à être les entrepreneurs de leur vie au vu des des conditions d’accès à l'éducation, au logement, aux soins, à l'emploi, au revenu, au pouvoir d’agir, qui sont les leurs. Or, je doute que les politiques actuelles soient de nature à les faire réellement progresser au-delà des intentions affichées. Plus au fond, la gauche doit porter une autre conception de la « bonne société » qui repose sur l’idée que toute action qui concourt à l’égalité de tous étend la liberté de chacun. 
Après Macron a donc d'abord pour but de faire réfléchir sur le passé de la gauche et de redonner espoir à ceux qui aujourd'hui ne se résignent pas à voir leurs idéaux jetés à la poubelle. Il y a eu un avant-Macron, il y aura un après-Macron ! La base sociale de sa majorité est étroite au-delà de ce que nous indiquent des sondages de popularité par nature fluctuants. Une autre majorité politique pourrait tout à fait se dégager demain autour d'une vision porteuse d’une nouvelle conception du progrès, libérée du vieux logiciel social-démocrate productiviste, loin de celle portée par Emmanuel Macron, qui plonge ses racines dans le 19ème siècle. Sortir par le haut de la quadruple crise économique, sociale, écologique et démocratique dans laquelle notre pays est englué appelle une toute autre politique. C'est ce à quoi Après Macron veut contribuer."

 

 

Assemblée générale Les amis de Veblen

4 décembre 2017-

Café le 7° Lyon - 30 rue Renan 69007 - Lyon métro Jean Macé 04 78 72 41 33 - à proximité de la Mairie du 7 °.

 

Franc CFA : le débat interdit ?

 

Nous venons d’apprendre l’éviction brutale de notre collègue Kako Nubukpo de son poste de directeur de la Francophonie économique et numérique de l’Organisation Internationale de la Francophone (OIF) par la presse (Jeune Afrique 8/12/2017, Le Monde Afrique 8/12/2017). Il était venu en février nous présenter ses thèses à Lyon.

On lui reproche le non respect de l’obligation de réserve étant donné ses responsabilités. Il semble en fait que son positionnement critique sur la question du franc CFA ait profondément irrité quelques grands leaders africains et jusqu’au sommet de l’État en France d’après la presse.

Ne peut-on pas en effet critiquer sur la base d’arguments rationnels un système monétaire hérité de la colonisation (l’acronyme CFA a tout d’abord signifié « les colonies françaises d’Afrique ») et qui désigne aujourd’hui deux zones distinctes rassemblant quatorze pays : d’une part la « Communauté financière d’Afrique » (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Niger, Mali, Sénégal, Togo) et d’autre part la « Coopération monétaire d’Afrique » (Cameroun, République Centrafricaine, République du Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad). Ce sont ainsi plus de 150 millions de personnes qui utilisent dans leur vie quotidienne le franc CFA.

Sans nous prononcer sur le fond, nous pouvons souligner que notre collègue, professeur, agrégé d’économie du supérieur, formé à l’Université Lyon 2, docteur, ancien assistant dans cette institution et professeur à l’École de Management, ancien conseiller à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, ancien ministre du Togo, a conduit une analyse rationnelle, très éloignée de certains positionnements extrémistes à fondement exclusivement idéologique.

 

Il a rédigé avec d’autres économistes français et africains un ouvrage – Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. A qui profite le franc CFA ? coédité avec Martial Ze Belinga, Bruno Tinel, et Demba Moussa Dembele – La Dispute – 2016 et publié de nombreux articles.

 

Enrichissement. Une critique de la marchandise, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Gallimard, 2017, 672 p.

À l’heure où les inégalités entre les individus, les groupes et les nations n’ont jamais été aussi voyantes, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre proposent de mener l’enquête sur les métamorphoses du capitalisme contemporain. Ils font le constat que le statut de la marchandise n’est plus aujourd’hui le même qu’hier. Alors que dans la société industrielle d’antan, la production de la valeur passait par la création de nouveaux objets, dans l’économie d’enrichissement d’aujourd’hui, l’important n’est plus tant de répondre à des besoins qu’à favoriser la mise en scène de choses déjà là. Il s’agit, autrement dit, d’enrichir le monde social comme on peut enrichir un métal. Les collectionneurs, estiment les auteurs, incarnent par excellence une telle posture, que l’on voit à l’œuvre tout particulièrement dans les arts plastiques, la culture, le commerce des objets anciens, le tourisme… Sur fond de désindustrialisation massive, le passé est donc devenu une des principales sources d’enrichissement du capitalisme. Le mouvement ne profite pas cependant de façon égale à tous. C’est une source d’enrichissement (au sens classique du terme cette fois) qui profite avant tout aux plus dotés en capital économique et de ce fait creuse les inégalités. Extrait de Sciences Humaines - 2/2/2017

18 mars 2017
Vers une société hyper-industrielle ?
Le Monde – Hervé Guillaud

On entend plus souvent parler de la fin de l’industrie que de sa renaissance. En s’intéressant au renouveau du capitalisme productif, l’ingénieur et sociologue Pierre Veltz (Wikipédia) livre, dans un ouvrage très synthétique pour l’excellente collection de la République des idées, un stimulant contrepoint.

Pour lui, le discours sur la révolution numérique qui promet une transformation radicale de la modernité suscite, en dehors d’une petite frange enthousiaste, plus d’angoisses que d’espoirs. L’avenir, pourtant, explique-t-il, n’est pas la fin de l’industrie, mais son renouveau.
Contrairement à ce qu’on pense souvent, « la production de biens et de services industrialisés est en croissance continue et représente une part à peu près stable de la valeur ajoutée globale ». Le déclin manufacturier doit donc être relativisé. Pour lui, c’est plutôt à une recomposition que l’on assiste, qui s’appuie sur la convergence entre industrie et services, et qui donne naissance à un monde non pas post-industriel, mais hyper-industriel.

Article intéressant de Gilles Raveaud dans Alternatives économiques - 23/1/2017  sur une des caractéristiques et contradictions du capitalisme néolibéral : la non accumulation du capital au sens marxien ou keynésien (par le réinvestissement des profits au sein des entreprises pour financer investissements et emplois…).

Comme l’expliquent depuis longtemps Duménil et Lévy - La crise du néolibéralisme - Harvard University Press - 2011, il s’agit là des éléments structurants du néolibéralisme entendu non pas comme un ensemble de politiques conjoncturelles mais comme une phase de l’histoire du capitalisme après le fordisme (depuis les années 1980). L’élection de Trump et le bon accueil qui lui est réservé par Wall Street devraient sans doute être interprétés à cette aune…

Voir ici (3 articles en accès gratuit) : http://www.alternatives-economiques.fr/thematiques/etats-unis

Quelques extraits :

"Au-delà des fluctuations conjoncturelles, les évolutions de ces dernières années ne laissent pas de place au doute : du strict point de vue capitaliste, le système économique ne fonctionne pas bien, car il ne permet pas de nouvelles augmentations du capital au travers d’investissements en hausse.

Franc CFA : retour sur une monnaie controversée

Alternatives économiques - Décembre 2016

Le franc CFA fait débat. Pour ses partisans, il apporte la stabilité. Mais pour ses détracteurs, il handicape la croissance et maintient l’Afrique dans la dépendance.
Plus de cinquante ans après leur accession à l’indépendance, les pays africains ne jouissent toujours pas d’une pleine souveraineté monétaire. Le franc CFA est un vestige de la colonisation française en Afrique.

- Comment diviser par trois d’ici 2050 les émissions de CO 2 pour limiter le réchauffement à 2 degrés ?

Un petit modèle tout simple (avec l'équation de Kaya)

Où il est question de démographie, d’un peu de physique, d’énergie, de croissance et d’Afrique….

http://theconversation.com/entre-croissance-du-pib-et-respect-des-engagements-climat-il-faut-choisir-64343

- Voir la conférence de Jean-Marc Jancovici

https://www.youtube.com/watch?v=gW8BBC8idho

Conclusion :

La croissance du PIB est incompatible avec l’objectif étant donné la démographie, la consommation d’énergie par unité produite, etc… Il faudrait donc proposer de nouveaux modes d’accession au bien-être et assurer de l’activité pour l’ensemble des jeunes générations surtout dans les pays émergents…

- Et si l'accord de Paris accélérait le changement climatique ?

Telle est la question gênante et surprenante que posent certains économistes ! Sur le blog de Martin Anota

http://www.blog-illusio.com/2016/11/et-si-l-accord-de-paris-accelerait-le-changement-climatique.html

Accélération. Une critique sociale du temps


À l’occasion de sa réédition en format de poche, il est intéressant de rappeler tout l’intérêt de ce grand livre (1). Hartmut Rosa est un sociologue et philosophe allemand qui s’efforce de susciter un renouveau de la Théorie critique de « l’École de Francfort », tout en voulant dépasser sa première forme (celle de T. Adorno et M. Horkheimer) et en se montrant critique vis-à-vis de J.Habermas et Axel Honneth. Le thème central de l’œuvre est celui de l’accélération sociale qu’il cherche à définir de façon rigoureuse. Celle-ci prend trois dimensions :  l’innovation technique (production, transport, communication), le changement social et le «rythme de vie ». L’accélération est à ses yeux un trait caractéristique de la culture de la modernité dès son origine  avant la Renaissance. Ce phénomène prend toute son ampleur dans la modernité tardive (la nôtre) qu’il distingue de la modernité classique (analysée par Marx et Weber).
Nourri de sociologie classique et de philosophie, il s’appuie plus particulièrement sur Marx (tout en refusant un strict déterminisme technologique), Weber (la rationalisation en tant que phénomène culturel), Simmel et W. Benjamin (pour le rythme de vie dans les métropoles).

 

Inégalités, dette, finance et crises

A partir de la réflexion de Steve Keen, L’imposture économique, Éditions de l’atelier – 2014

Voir aussi en complément un article de Martin Anota, Retour sur le lien entre inégalités, endettement et crises financières blog Illusio - D'un champ l'autre – décembre 2013 et les travaux de Jérôme Héricourt et Rémi Bazillier – Les inégalités contribuent-elles à l’instabilité financière ? CEPII – Blog 30 janvier 2015

Lyon - Novembre 2016

Quelques éléments de réflexion suite à la lecture de Steve Keen – L’imposture économique – préfacée par Gaël Giraud – Éditions de l’Atelier – 2014

Notes de Bernard Drevon –

Steve Keen, économiste australien, est l’un des rares à avoir intégré la possibilité systémique d’une crise financière du type de la crise de 2007-2008 dite des subprimes, engendrant la Grande Récession, non pas sur la base d’intuitions mais sur celle de sa théorie et de sa modélisation, y intégrant pleinement le système financier.

Allons à ce qui semble l’essentiel pour comprendre quelques aspects de notre situation.

Partons de son chapitre XIII – Pourquoi j’ai vu venir la crise ? Son point de départ est l’œuvre de Hyman P. Minsky centrée sur l’instabilité financière dont l’ouvrage Stabiliser une économie instable, préface André Orléan, Institut Veblen/Les petits matins, 2016 vient d’être réédité. Je le cite :

« À la place du modèle néoclassique réductionniste, non monétaire, rivé à l’équilibre, sans incertitude, institutionnellement pauvre et fondé sur des individus hyper-rationnels, Minsky propose une conception strictement monétaire du capitalisme, intrinsèquement cyclique, intégrée dans un cadre temporel avec un futur fondamentalement inconnaissable, dotée d’institutions riches et holistiques, et attentives aux interactions entre les quatre entités sociales que sont les capitalistes industriels, les banquiers, les salariés et l’État. »

Sur cette base, il a beau jeu de montrer que la crise de 2007-2008 n’était pas un « cygne noir » imprévisible, mais un événement que l’on pouvait raisonnablement anticiper à condition d’être armé d’une bonne théorie.

Jérôme Maucourant, auteur d’Avez-vous lu Polanyi ?, Flammarion, 2011

Karl Polanyi (1886-1964), une pensée pour le XXIe siècle

Polanyi peut être invoqué comme l’un des inspirateurs du slogan « le monde n’est pas une marchandise ». Une de ses thèses essentielles est que la culture occidentale et le capitalisme triomphant reposent, depuis deux siècles, sur le postulat que la terre, le travail et la monnaie sont des marchandises. Or, généralement, ces « facteurs de production » n’ont pas été produits pour être vendus, à la différence des marchandises ordinaires. Il les définit donc comme des “marchandises fictives”. Cette extraordinaire conception recouvre d’un voile idéologique la réalité de la nature, de l’homme et de la société.
Polanyi développe une conception originale de la monnaie comme une institution permettant d’évaluer et de payer des dettes bien avant l’émergence des marchés, car les dettes ont des origines sociales avant d’être économiques. La dimension politico-symbolique de la monnaie ne disparut pas car très vite se pratiquent des politiques monétaires nationales nécessaires au fonctionnement des marchés. Une fois que les marchés se sont suffisamment développés pour se lier entre eux, ils constituent alors le Grand Marché, système doué de capacités autorégulatrices.

 


Actualité : Éléments du débat sur la loi sur le code du travail

Articles de :

1/ T. Gadjos - Quatre figures rhétoriques du projet El Khomri - Le Monde 11 mars 2016 , 2/ une tribune critique publiée dans Le Monde "La loi travail ne réduira pas le chômage" (T. Piketty, D. Cohen et alii...) - 10 mars 2016, 3/ une tribune favorable à la loi "Cette réforme est avancée pour les plus fragiles" Le Monde - 5 mars 2016 - 4/ un article critique de Daniel Cohen - On ne change pas le marché du travail par décret - 3 mars 2016, 5/ Article de Eric Heyer, Dominique Méda - Une autre voie pour le travail - Le Monde 2 mars 2016 et 6/ La méthode retenue est brouillonne et confuse - Antoine Lyon-Caen - Le Monde - 2 mars 2016


Quatre figures rhétoriques du projet El Khomri

Par Thibault Gajdos

Le monde daté du 11 mars 2016

En 1991, l'économiste Albert Hirschman (1915-2012) publiait une analyse acérée des figures de rhétorique déployées depuis le XVIIIe siècle contre les conquêtes progressistes (Deux siècles de rhétorique réactionnaire, Fayard). Par une étrange inversion, les arguments mobilisés dans le passé pour lutter contre l'instauration de nouveaux droits sont désormais employés pour défaire les droits acquis au nom du progrès social. Le projet de loi sur la réforme du code du travail en est un exemple spectaculaire.

La première figure de rhétorique identifiée par Hirschman est celle de la " thèse de l'effet pervers ". Il s'agit de prétendre que les réformes auront les effets exactement contraires à ceux qu'elles visent. Ainsi, par exemple, les aides versées aux pauvres les encourageraient à la paresse et conduiraient donc en réalité à accroître la pauvreté. Avec le projet de loi sur le travail, le gouvernement retourne l'argument : en réduisant les droits des salariés et en facilitant leur licenciement, on les protégerait davantage. C'est cette idée qui permet au gouvernement de baptiser sa réforme " projet de loi visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs ". La thèse est osée, et l'expérience risquée.

 


Nouvelle rubrique suscitée par des questions de personnes curieuses mais éloignées d’une formation économique…

Question : mais finalement, qui crée la monnaie et comment ? La banque centrale ?
par Bernard Drevon

Sur la création monétaire et les politiques monétaires

Les banques commerciales créent de la monnaie quand elles accordent un crédit. Elles le font en monnaie scripturale, écrite donc sur leurs livres de comptes et dans leurs bilans. Ainsi si une banque commerciale t’accorde un crédit de 10 000 euros, tu as 10 000 de plus sur ton compte à ta banque A. Tu peux faire des paiements et acheter une auto en faisant un chèque. Il s’agit bien de monnaie ! Si le vendeur d’auto est aussi à la banque A pas de problème pour ta banque. Il s’agit d’un jeu d’écritures. Tu as 10 000 de moins et le vendeur 10 000 de plus. Les guichets et clients d’une même banque forment un circuit monétaire A. Remarque importante : la création de monnaie est fonction du dynamisme de l’économie. Si les agents (consommateurs, entreprises) demandent du crédit, les banques sont tentées de les suivre : on dit que la création de monnaie est endogène et non exogène. Elle dépend de la demande de crédit aux banques commerciales, donc du dynamisme de l’économie. Les banques se rémunèrent en faisant payer un intérêt.

90 % de la monnaie en circulation est constituée de monnaie scripturale crée par les banques commerciales.

Notes à partir de la conférence de Guillaume Duval -2-2-2016 -Lyon
Organisée par la Régionale de l’Apses
Et Les amis de Veblen


Réflexions sur le modèle allemand

Lieu :  Promotrans – avenue Jean Jaurès - Lyon 7 °

Au début du XX° siècle, en 1915, un économiste allemand du nom de Hauser réfléchissait déjà sur la supériorité de l’industrie allemande sur l’industrie française ! Mais à l’époque, l’industrie allemande était spécialisée dans le « bas de gamme »…

Il existe une obsession française pour les « modèles » au sens trivial des exemples à suivre. Dans les années 80 - 90, le modèle anglo-saxon de finance dérégulée a exercé une fascination sur les élites au détriment du capitalisme rhénan théorisé en son temps par Michel Albert (auparavant ce furent les modèles japonais, suédois, hollandais...).

Les réformes Schröder/Hartz (2003-2005) auraient validé la pertinence de l’application de réformes néolibérales à l’économie. En effet, l’Allemagne a connu un redressement économique avant la crise de 2008, elle traverse la crise sans trop de problèmes et acquiert une position économique dominante en Europe. D’ailleurs, les Allemands pensent que c’est grâce à ces réformes qu’ils en sont arrivés là.

Dans Le Monde Diplomatique d’août 2015, un article de François Denord, Rachel Knaebel et Pierre Rimbert,  L’ordolibéralisme allemand, une cage de fer pour le vieux continent


Un article qui a le mérite de nous rappeler les bases historiques et théoriques de ce courant de pensée qui exerce une influence déterminante sur les institutions et la gestion des crises économiques dans l’Union européenne et la zone euro (comme l’atteste la crise grecque).
Il est possible d’en tirer quelques éléments essentiels. La lecture de cet article bien enlevé est vivement recommandée par ailleurs.

Les origines

En 1933 à Fribourg-en-Brisgau, trois universitaires réfléchissent : Walter Eucken (1891-1950), économiste, Franz Böhm (1895-1977) et Hans Grossmann-Doerth (1894-1944), juristes. Ensemble, ils élaborent un programme de recherche articulé autour de la notion d’ordre (Ordnung) comprise à la fois comme constitution économique et comme règle du jeu. Pour neutraliser les cartels et éviter que la guerre économique ne dégénère, il faut un État fort. « L’État doit consciemment construire les structures, le cadre institutionnel, l’ordre dans lesquels l’économie fonctionne. Mais il ne doit pas diriger le processus économique lui-même. » W. Eucken

Jérôme Maucourant, Beyrouth, le 10 juin 2015.

Synthèse de la table ronde d’économie politique des 8 et 9 juin :
l’économie institutionnelle et la pluralité des capitalisme

J’ai eu le grand l’honneur d’assurer la coordination scientifique de cette table ronde. Je tiens, par la présente, tout d’abord, à remercier Mohamad Salhab pour ce projet de réflexion sur l’institutionnalisme à Beyrouth et pour les moyens que son université et l’AUF ont consacrés à cette fin. Et, je n’oublie pas de remercier Sylvie Devigne pour son concours à cet événement qui lui doit beaucoup.
On sait ce genre d’événements rares dans un temps où le savoir est de plus en plus sacrifié au profit d’autres dimensions jugées prioritaires, en un temps où l’utilité des choses se dissout dans l’unidimensionnalité de l’évaluation mercantile.
Cette table ronde a tenté d’articuler deux préoccupations soudées à la perspective institutionnaliste. La première fut centrée sur l’œuvre de Veblen, ce penseur du début du XXième siècle qui a pensé la nature essentiellement prédatrice du capitalisme en voie de financiarisation, ce capitalisme ou « système des prix » qu’il a su décrire avec une verve remarquable.  Le deuxième préoccupation concerne la logique de capitalismes contemporains où les mécanismes prédateurs sont singulièrement saillants.

 

Autour de Thorstein Veblen

Vous trouverez ci-dessous les résumés de certaines interventions de la Journée d'étude - Autour de Thorstein Veblen - Sociologie économique et critique sociale - Vendredi 13 mars 2015 - Université Paris Ouet Nanterre La Défense - Organisation Christian Lazzeri et Alice Le Goff

Pour le moment sont disponibles

1 - Valeur, marché et progrès dans la pensée de Thorstein Veblen

Olivier BRETTE
INSA de Lyon, CNRS UMR 5206 Triangle, Université de Lyon
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.


2 - Intervention de Jérôme Maucourant - Triangle UMR 5206 - Maître de conférence - Université J. Monnet de Saint Étienne - Auteur de Avez-vous lu Polanyi ?

L’économie de l’illusion selon Thorstein Veblen

3- Intervention de Nicolas Poirier - Thorstein Veblen et le destin des signes ostentatoires

Note de lecture

Le livre noir des banques – Les liens qui libèrent – février 2015 – ISBN  979-10-209-0179-8 – Ouvrage collectif sous l’égide de Attac et Basta !

Nous pouvions craindre à la lecture du titre et des commanditaires un ouvrage strictement polémique et sans grand contenu factuel. Il faut avouer que sa lecture procure une agréable surprise de ce point de vue. Bien entendu, le projet est critique mais si bien documenté qu’il constitue plutôt une synthèse d’informations que l’on trouvait éparses dans une multitude de rapports, d’articles et d’ouvrages consacrés à la question de la place et de la fonction des banques dans l’économie et la société française.

 

Vers un krach obligataire et financier ?
Extraits de la conclusion de Flash Économie - Natixis – 27 mars 2015
Le texte entier ici
La prochaine crise sera probablement une crise des investisseurs institutionnels
La politique monétaire très expansionniste de la BCE a conduit à une très forte baisse des taux d’intérêt à long terme, à l’écrasement des primes de risque avec l’abondance de la liquidité et le report des investisseurs sur les actifs financiers plus risqués pour obtenir des rendements plus élevés, elle a conduit aussi à une forte hausse du marché des actions.

Aux Etats-Unis, les grandes entreprises rachètent leurs actions en masse. Elles ont pourtant été créées pour collecter de l'argent afin de mener à bien leurs projets. Mais alors, d'où viendra la croissance de demain ?

de Jean-Marc Vittori


Article(s) associé(s)
• Les sociétés américaines reversent des sommes record aux actionnaires
• Le CAC 40 a versé 56 milliards à ses actionnaires l'an dernier
• Le succès d'Apple se lit aussi sur le marché obligataire


Non, désolé, j'ai vraiment trop d'argent. Je ne sais pas quoi en faire. Je préfère vous le rendre. Ce message sidérant ne vient pas d'un Etat confetti brusquement enrichi ou d'un milliardaire illuminé d'un coup par la lutte contre la pauvreté prônée par le pape François, mais… des grandes entreprises américaines. L'an dernier, elles ont gagné de l'argent comme jamais. Leurs bénéfices dépassent 12 % du PIB, un record historique, deux fois plus que la moyenne de long terme. Celles qui font partie de l'indice boursier S&P 500 ont rentré plus de 1.000 milliards de dollars de profits. Elles en ont versé un tiers (350 milliards) à leurs actionnaires sous forme de dividendes, une proportion assez classique. Mais elles leur ont aussi racheté des actions... pour plus de 550 milliards, le plus souvent pour les détruire. Trois quarts d'entre elles sont des adeptes de ce « buyback », comme on dit aux Etats-Unis. C'est le coeur du capitalisme qui est touché.

 

Note de lecture

James K. Galbraith, La grande crise – Comment en sortir autrement – Économie humaine – Seuil – janvier 2015)  ISBN 978.2.02.121951.7
Par Bernard Drevon - à paraître prochainement dans la revue Idées économiques et sociales - Canopé - CNDP

James K. Galbraith est professeur à l’université du Texas, fils de John K. Galbraith le célèbre économiste auteur du Nouvel État industriel. C’est un économiste américain de renommée internationale, l’une des figures incarnant l’économie hétérodoxe.
Pour aller à l’essentiel, il considère que l’analyse économique s’est coupée à tort des enseignements de la physique d’une part et des autres sciences sociales d’autre part en adoptant une approche de la croissance fondée sur les variables travail, capital et progrès technique. Adaptée à la période d’après seconde guerre mondiale, elle entrerait en crise dès la fin des années 1960 avec la hausse des coûts de production liée à la raréfaction des sources d’énergie. La hausse et l’instabilité chronique des prix du pétrole réduiraient les possibilités d’assurer une rentabilité suffisante de longue période aux capitaux investis. De même, le dérèglement climatique imposerait des limites à la croissance dans un proche avenir.

 

Pour comprendre la crise européenne


Quelques notes sur le livre de James K. Galbraith – La grande crise – Comment en sortir autrement ? Economie humaine – Seuil – janvier 2015-02-02
Bernard Drevon


Chapitre 13 – Y-a-t-il une crise européenne ?

Dès le départ, la crise économique de l’Europe a été séparée de celle des Etats-Unis par des choix de vocabulaire et de cadrage. On parle de « crise grecque ». L’expression suggère que la source essentielle du problème est la situation financière de ce pays et le comportement de son gouvernement. De même pour l’Irlande, l’Espagne, le Portugal et l’Italie. Au lieu d’une seule crise, on a donc 5, chacune dotée de ses causes spécifiques. À en croire l’analyse largement admise, la Grèce a un secteur public trop lourd, un système fiscal défectueux, une politique clientéliste et une culture de l’indolence. L’Irlande a laissé la spéculation sur l’immobilier de bureau échapper à tout contrôle, puis a fâcheusement décidé de garantir tous les dépôts dans ses banques démesurément gonflées. En Espagne, il y a eu une bulle massive de l’immobilier résidentiel. Le Portugal a une industrie non compétitive. Etc.
Aucune de ces assertions n’est fausse. Mais ce n’est pas le seul cadrage que nous observons, même dans des cercles orthodoxes. Il arrive aussi que l’on réunisse tous les pays en crise sous l’acronyme PIGS. On suggère alors que la périphérie méditerranéenne de l’Europe partage un ensemble de traits communs. Lesquels au juste ? Le mal commun serait (ce n’est pas dit bien sûr mais sous entendu) un type ethnique. Bien entendu rien n’est vrai. Les Grecs travaillent plus que les Allemands par ex.  Et l’adéquation des Irlandais au paradigme du paresseux aimant se dorer au soleil n’est pas entièrement transparente…
Si ce cadre d’analyse est pertinent - ces pays sont victimes de leurs faiblesses institutionnelles ou de leurs erreurs politiques (ou des défauts de son caractère et de sa culture), le remède anticrise est clair. C’est la « réforme ». Les institutions, la culture, la politique nationale, les habitudes personnelles doivent changer. Les marchés du travail doivent être flexibilisés. L’industrie doit devenir compétitive. Les actifs publics doivent être vendus… La récompense sera le retour de la confiance, et avec le retour des marchés financiers la baisse des taux d’intérêt sur la dette… Voilà à quoi mène logiquement la décision de travailler sur la base d’un modèle national – ou racial – des crises.

 

Le Monde 29/1/2015

Dans Le Monde du 4 juillet 2012, plusieurs grandes voix des sciences sociales demandaient au gouvernement de garantir le pluralisme au sein des institutions de recherche et d’enseignement de l’économie, pluralisme sans lequel il ne saurait y avoir, dans notre pays, un débat démocratique informé et rigoureux. Il s’agissait alors de tirer les leçons de la crise financière de 2008 qui avait montré combien pouvait être contre-productive une pensée économique trop homogène et trop sûre d’elle-même.
Or, nous sommes aujourd’hui obligés de constater que rien n’a changé, ni dans les programmes de recherche, ni dans l’enseignement. Cela tient à la position de monopole qu’occupent aujourd’hui les approches dites mainstream (« dominantes »).

 

James K. Galbraith raconte une anecdote piquante à la fin de son livre L’État prédateur publié au Seuil en 2009 (1° édition New York 2008). Rendant visite à son père John Kenneth Galbraith (le célèbre économiste auteur Du nouvel État industriel – 1967 – trad. 1968 Gallimard) très malade à l’hôpital, comme il lui parlait de son travail, ce dernier lui déclara : « Tu devrais écrire un livre court sur la prédation d’entreprise. Cela fera de toi la grande voix économique de ta génération. » Il s’est tu, puis a ajouté avec sa modestie habituelle : « Si je pouvais le faire, je t’éclipserais complètement. » ! (cette note a été publiée dans la revue Idées économiques et sociales - Juin 2012)

* Christophe Guilluy, La France périphérique, Flammarion, 2014 -

Pour une critique, voir La France, portrait social - Insee - Novembre 2014 dans Documents sur notre site

Un ouvrage qui pose des questions sensibles. Sa méthode doit être questionnée. Les conclusions sont souvent à l’emporte pièce et la seconde partie est plus contestable.

L'auteur montre la profondeur de la fracture sociale et territoriale entre une France des métropoles qui s’en tire plutôt bien en s'insérant dans la mondialisation (comme Lyon et sa région) et une France des classes populaires renvoyées à la grande périphérie des villes, mais aussi de l’espace géographique (espaces ruraux, villes moyennes).

Bref la course à l’entre soi des riches (depuis longtemps pratiquée), mais aussi des pauvres et des classes moyennes se poursuivrait…  Tout se passerait selon lui comme si les couches sociales pratiquaient l’évitement en fuyant silencieusement l’autre : les classes populaires partent des banlieues ou des anciens centre villes, chassées par la spéculation, le chômage industriel et l’arrivée des nouveaux migrants ; les anciens immigrés partent vers la première périphérie, les classes moyennes diplômées pratiquent l’entre soi des quartiers branchés, les riches aussi dans leurs isolats de luxe (Neuilly etc…). Au passage il pourfend l’idée que les classes populaires seraient fondamentalement plus racistes que les autres. Elles sont en première ligne pour affronter les problèmes que posent l’arrivée de populations  "autres " et elles le font plutôt pacifiquement... Les banlieues ne constitueraient pas des zones à peuplement stable, mais des sas accueillant des immigrés nouveaux, les plus anciens aux parcours d'intégration réussis quittant ces zones urbaines.

Cet ouvrage appelle à une réorientation des politiques publiques : les politiques de la ville ont été massivement orientées vers les populations immigrées des banlieues pauvres et les classes populaires autochtones ont été trop délaissées, souvent dispersées dans l'espace rural et périurbain. D'où la montée du vote Front National dans ces espaces ruraux et périurbains...

Ce livre a fait grand bruit y compris au sommet de l’État. A creuser...

 

 

Les pauvres vivent majoritairement dans les villes centres et les banlieues des
agglomérations.

Le Monde critique chiffres à l'appui la thèse de C. Guilluy - La France périphérique

Le document Insee en pdf ici

Voir aussi le blog d'Olivier Bouba Olga


Le Monde du 9 décembre 2014


Et pas dans les couronnes. Selon une étude de l’INSEE, publiée dans France, Portrait social le 19 novembre, la fracture territoriale n’a guère changé : elle passe toujours entre les villes et leurs banlieues d’un côté et les espaces périurbains de l’autre, et entre les villes et les espaces ruraux.Dans sa note, l’auteur, Jean-Michel Floch, explique que, si la crise économique a entraîné une baisse du revenu médian des ménages, un certain rééquilibrage entre territoires s’est opéré au profit des communes à l’écart des villes. Et dans les grands pôles urbains, ce sont les couronnes qui apparaissent plus riches que les villes et leurs banlieues.
Le constat vient ainsi à rebours des thèses de Christophe Guilluy, développées dans La France périphérique (Flammarion, 192 pages, 18 euros). Dans son ouvrage, le géographe assure, cartes à l’appui, que « la question sociale n’est pas circonscrite de l’autre côté du périph, mais de l’autre côté des métropoles, dans les espaces ruraux, les petites villes, les villes moyennes, dans certains espaces périurbains ».

Dietrich Hoss - Théorie critique : la question de la pratique
Exposé de la conférence donnée le 27 novembre 2014 sur l’invitation de l’Association des Amis de Thorstein Veblen à l’Université Lyon 3

Note sur John Dewey - Après le libéralisme – Ses impasses, son avenir – Climats – Flammarion – 2014 – 1935 – ALL dans le texte.

Cette note est très largement inspirée de l’excellente préface de Guillaume Garreta, mais n’engage que moi pour les erreurs, déformations et approximations.
Bernard Drevon

Réflexion sur le terme même de libéralisme

Un concept « essentiellement contesté »

Tout était simple lorsqu’il n’y avait pas lieu de distinguer entre libéralisme politique et économique (jusqu’au milieu du XIX ° siècle). Les revendications des libertés de pensée, de conscience, d’expression et des libertés d’être propriétaire, de commercer, de contracter, d’entreprendre étaient solidaires dans le combat contre l’ordre ancien et hiérarchisé des oligarchies et des coutumes. La situation se complexifie lorsque le libéralisme est retourné en idéologie de la classe dominante justifiant le laisser-faire le plus débridé de l’économie capitaliste à partir de la seconde moitié du XIX ° siècle, en s’opposant à toute intervention et régulation de l’État, toujours au nom des « mêmes » droits et libertés individuels.
Dès lors les libéraux « modernes », revendiquant les droits-créances et l’intervention de l’État pour garantir une égale ou du moins possible réalisation des droits des plus faibles, et les libéraux « classiques » la refusant au nom des libertés naturelles individuelles et du marché libre, se réclament tous du libéralisme, au moins jusqu’à la fin des années 1930.
Cela pousse J. Dewey à une réflexion sur l’historicité et l’usage politique des termes à rebours de leur valence première (comme « démocratie populaire » ou « État des travailleurs » nazi). Pour lui, le libéralisme qui fait des individus des « atomes » newtoniens dotés d’une liberté inhérente et n’entretenant entre eux que des relations externes, dont l’harmonie ne saurait être perturbée par un troisième terme englobant, n’est plus qu’un « pseudo-libéralisme », du fait du changement radical des fronts et des luttes à mener.

Bulletin d’adhésion Les amis de Thorstein Veblen
Association loi de 1901- Statuts déposés à la Préfecture du Rhône
c/o B. Drevon 4, rue des Farges – 69005 - Lyon

 

Ernst Lohoff – Norbert Trenkle

La grande dévalorisation

Pourquoi la spéculation et la dette de l’État ne sont pas les causes de la crise


Post Éditions – 2012 – 2014 pour la version française – 347 pages –
ISBN 979-10-92616-03-3


Cet ouvrage est hautement recommandable car il vise à contester un certain nombre  d’idées reçues, surtout à gauche et même à « gauche de la gauche », concernant les causes de la crise de 2008 et ses conséquences dévastatrices sur nos sociétés contemporaines.
En effet, pour ces auteurs allemands, la crise n’est pas seulement liée à des excès ou des phénomènes irrationnels qu’il serait possible de contrer par des mesures correctrices visant à « moraliser » le capitalisme. Bien au contraire, ils démontrent que le développement de la finance et sa dérégulation sont des phénomènes devenus structurels et caractéristiques du capitalisme post-fordiste contemporain. Toutefois, il ne s’agit pas pour eux de justifier la spéculation ou d’en atténuer les effets dévastateurs sur l’équilibre économique et social. Bien au contraire, ils cherchent à montrer qu’elle est devenue une caractéristique du système économique contemporain dénommé le « capitalisme inversé »  par opposition au « capitalisme classique » où la production de valeur dans l’économie réelle permettait de rembourser les dettes et de valider les anticipations. Le développement de la finance, avec tous ses excès, caractériserait donc une ultime étape du développement capitaliste, capitalisme dont il faudrait songer à s’extraire plutôt que de rechercher des moyens d’en prolonger la survie par des remèdes néolibéraux ou néokeynésiens (voir le débat actuel sur la « croissance »).
Je me contenterai de donner les éléments les plus caractéristiques de leur démonstration sans viser à une fiche de lecture exhaustive.

Genèses Du Néolibéralisme – Par Frédéric Lebaron
Contribution à une analyse sociologique du cas français ?- 1998


Comment les idées néolibérales ont-elles pu dominer les élites politiques, économiques et médiatiques, à droite et à gauche, à partir du début des années 1980 en France ? Comment ont-elles pu devenir la matrice des politiques publiques nationales (et européennes), du « tournant de la rigueur » de Mitterrand-Mauroy en 1983 au « tournant patronal » de Hollande-Valls de 2014 ? L’esquisse magistrale de réponse proposée dans ce texte inédit par le sociologue Frédéric Lebaron évite les écueils de l’économisme (la logique économique du capitalisme produirait mécaniquement l’application politique de ces idées), du conspirationnisme (la manipulation conscience par quelques lobbys dans l’ombre constituerait l’explication principale), de la focalisation obsessionnelle sur les médias (« la propagande des médias dominants » avec ses « nouveaux chiens de garde » serait le mécanisme majeur) et de l’idéalisme (la force propre des idées libérales rendrait compte de leur succès). Il se concentre alors sur les interférences et la conjonction de transformations non coordonnées au départ opérant dans des champs (politique, technocratique, économique, intellectuel et journalistique, tout particulièrement) différents et autonomes de la société, avec une analyse s’inscrivant dans le cadre de la sociologie critique initiée par Pierre Bourdieu (1930-2002).

NB : ce texte a été initialement publié dans la revue Illusio - numéro 10-11 - 2013 - numéro spécial "Théorie critique de la crise" - sous le titre "La misère de la Théorie critique... est le manque de la question de l'organisation"

Dietrich Hoss est professeur de sociologie à l'Université Lyon 2

« La misère de la Théorie critique… est le manque de la question de l’organisation » note 1

C’était le constat de l’un des leaders du mouvement étudiant à Francfort en 1969, Hans-Jürgen Krahl, étudiant en philosophie et doctorant d’Adorno. Il était à l’époque celui qui allait le plus loin dans la tentative de reformuler la Théorie critique comme un cadre théorique permettant de repenser l’action révolutionnaire dans son sens originel : renverser les fondements capitalistes de la société. Il était en même temps très engagé dans les actions du SDS (Sozialistischer Deutscher Studentenbund note 2), l’organisation qui regroupait les étudiants en lutte et constituait le centre mobilisateur de l’« opposition extraparlementaire ». Si je prends ici ce constat comme point de départ, c’est parce que je le considère d’une grande actualité. Car ce qui était vrai concernant la Théorie critique dans sa forme originaire l’est aussi concernant l’état actuel de la pensée critique. Étonnamment, la question de l’organisation n’a jamais plus fait l’objet d’une réflexion approfondie depuis cette époque-là, ni dans les prolongements du courant de la Théorie critique de Francfort, ni dans d’autres tentatives cherchant à actualiser une théorie et une pratique de transformation radicale. En Allemagne, après les débats de 1968 – dont je retracerai les grandes lignes –, les différents courants post-soixante-huitards, quand ils n’ont pas tout simplement reproduit le vieux schéma du « parti » – soit sous une forme caricaturale sectaire, soit sous sa forme parlementariste, voire sous les deux formes réunies –, ont adopté une attitude plutôt pragmatique : l’organisation comme une mise en réseau, souvent sous forme d’association, mettant en mouvement des individus pour réaliser efficacement un projet ou lutter pour une cause.

Frédéric Lordon, La Malfaçon. Monnaie européenne et souveraineté démocratique (Paris. Les liens qui libèrent, mars 2014, 296 p.)


L’économiste Frédéric Lordon se montre comme de coutume très critique non seulement vis-à-vis des politiques économiques conduites depuis la crise de 2008 mais aussi de la construction européenne telle qu’elle existe aujourd’hui.

 

Association « Les amis de Thorstein Veblen »

Compte Rendu de l’Assemblée générale 2013- 2014 (2 pages)


L’Assemblée s’est tenue au Grand Café Lyonnais (ex Paulaner) 4, rue de la Barre – 69002 Lyon de 18 h 30 à 20 h 30 le 21 mai 2014

Rapport d’activité 2013-2014
Association Les amis de Thorstein Veblen

Rapport d'orientation 2014


AG du 21/5/2014
Propositions

 

 

POURQUOI LE SOCIALISME ? Par Albert Einstein

RÉFÉRENCE
"Conceptions scientifiques, morales et sociales" Bibliothèque de philosophie scientifique Flammarion Paris, 1952, pp. 125-132.

Est-il convenable qu’un homme qui n’est pas versé dans les questions économiques et sociales exprime des opinions au sujet du socialisme ? Pour de multiples raisons je crois que oui.

Compte rendu de la conférence de Thomas Piketty
Le 16/12/2013- ENS Sciences – Amphi SVT
Bernard Drevon


Ouvrage de référence : Thomas Piketty, Le capital au XXI° siècle, Seuil, 2013 – ISBN : 978.2.02.108228.9


L’auteur précise que cet ouvrage est le fruit d’un travail collectif de recherche et qu’il est redevable de nombreux contributeurs tant français qu’étrangers.

Sa conférence s’est déroulée en trois temps. La première partie a porté sur le retour du capital dans le vieux monde (Europe, Japon).

Partout les ratios capital sur revenu national – avec  B = K/Y - augmentent et tendent vers des niveaux inconnus depuis la Belle époque (avant la Première Guerre mondiale) ou les Années folles (avant 1929). Ces phénomènes sont liés à la faible croissance économique et accentués par la faible croissance démographique. Ce retour du capital n’est pas à ses yeux nécessairement une mauvaise chose (étant donné notre niveau d’endettement), mais il contribue à donner aux patrimoines issus du passé beaucoup d’importance. De plus, la concentration des patrimoines, beaucoup plus forte que la concentration des revenus, contribue à la formation d’inégalités et à la déstabilisation des classes moyennes.

La seconde partie porte sur la concentration du capital liée selon lui à une équation économique simple mais fondamentale : si r = le taux rendement net du capital est supérieur à g = le taux de croissance du PIB, alors mécaniquement cette concentration augmente.

La troisième partie porte sur les inégalités en Amérique. Voit-on émerger un nouveau modèle où les revenus du travail augmenteraient plus vite que les revenus du capital ou bien assiste-t-on à la combinaison des deux facteurs ?