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Une nouvelle publication des « Économistes atterrés » : Changer d'économie ! - nos propositions pour 2012 - Des liens qui libèrent - 2011 (note rédigée par Bernard Drevon)

Cet ouvrage collectif vise à « faire vivre une pensée libre, critique, indépendante des pouvoirs économiques et financiers ». Elle s'affirme contre la pensée libérale qui continue à imprégner les esprits des experts, des décideurs et des éditorialistes. Ce livre a l'ambition de proposer des politiques économiques et sociales alternatives pour échapper à la catastrophe économique qui s'annonce.

À partir d'un socle commun, socle constitué du refus de la globalisation au service de la finance, de la critique d'une construction européenne négligeant l'emploi, le travail et la protection sociale, du rejet d'un modèle de développement destructeur de ressources et de talents, de la critique de la contre-révolution fiscale et de l'instrumentalisation de la dette publique, les auteurs proposent des solutions originales et réalistes. Ceci fait tout l'intérêt de cet ouvrage très riche.

Nous pouvons souligner l'intérêt de certains chapitres, comme celui rédigé par Henri Sterdyniak par exemple, consacré à l'étude des fondements historiques de la crise contemporaine (Chapitre 1 -" Quelle politique économique ? Morts et renaissances du keynésianisme.").

De même, le chapitre consacré aux entreprises dans le cadre de la financiarisation est riche d'enseignements. Les entreprises sont soumises à une logique actionnariale qui les conduit à maximiser le profit des actionnaires à court terme. Les conséquences sont multiples : changement des modes de gestion et d'organisation des firmes, transformation des systèmes de production (sous-traitance, externalisation, recherche de performances financières), transformation dans les modes de gestion du travail (flexibilité, mobilité, précarité, dislocation des collectifs de travail...), émergence de nouvelles conditions de répartition de la valeur (déconnexion de la progression des salaires de la productivité, forte croissance de la part des actionnaires dans le partage de la valeur ajoutée et des très hautes rémunérations des cadres dirigeants...)... Les conséquences sociales de cette logique sont perceptibles au quotidien : croissance des inégalités, chômage et précarité, stress et perte de sens, délocalisations... Il conviendrait donc d'agir avec fermeté pour casser cette logique et remettre l'entreprise au service de l'ensemble de ses parties prenantes (salariés, consommateurs) et de la société tout entière. Ceci passerait par une réforme de la fiscalité, de la répartition des pouvoirs en leur sein en donnant des droits nouveaux et élargis aux salariés et aux comités d'entreprise, en assurant la représentation de l'ensemble des parties prenantes (y compris celles des sous-traitants, des consommateurs et des travailleurs précaires). Voir chapitre VII - "Entreprises : sortir de la financiarisation" par Benjamin Coriat, Thomas Coutrot, Roland Pérez et Olivier Weinstein.

Les chapitres X et XI sont également à signaler tout particulièrement car ils proposent des solutions originales à la question de la sortie de la financiarisation.Le chapitre X « Pour un système de financement émancipé des marchés financiers » - Frédéric Boccara, Edwin Le Héron et Dominique Plihon propose de recentrer les banques sur la distribution de crédit, de recréer un pôle bancaire et financier public puissant et de réformer le système européen de Banques centrales en le plaçant sous contrôle démocratique. Enfin le chapitre XI rédigé par Frédéric Lordon attire notre attention sur les faiblesses de la re-régulation financière engagée depuis la crise financière des « subprimes ». Cette régulation fait fausse route en cherchant à accroître la solvabilité des banques (Bâle III) et risque de conduire à de nouveaux excès pires encore que les précédents. Un chapitre conduit avec précision et talent comme de coutume. Voir « L'effarante passivité de la « re-régulation financière » de F. Lordon.

 

Bref, un ouvrage très recommandable par ces différentes contributions qui portent également sur le travail, la transition écologique, la fiscalité, la dépense publique, la protection sociale...