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Annales colloque Autour de Thorstein Veblen 13 mars 2015 Imprimer

Autour de Thorstein Veblen

Vous trouverez ci-dessous les résumés de certaines interventions de la Journée d'étude - Autour de Thorstein Veblen - Sociologie économique et critique sociale - Vendredi 13 mars 2015 - Université Paris Ouet Nanterre La Défense - Organisation Christian Lazzeri et Alice Le Goff

Pour le moment sont disponibles

1 - Valeur, marché et progrès dans la pensée de Thorstein Veblen

Olivier BRETTE
INSA de Lyon, CNRS UMR 5206 Triangle, Université de Lyon
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2 - Intervention de Jérôme Maucourant - Triangle UMR 5206 - Maître de conférence - Université J. Monnet de Saint Étienne - Auteur de Avez-vous lu Polanyi ?

L’économie de l’illusion selon Thorstein Veblen

3- Intervention de Nicolas Poirier - Thorstein Veblen et le destin des signes ostentatoires

1 - Valeur, marché et progrès dans la pensée de Thorstein Veblen


Olivier BRETTE
INSA de Lyon, CNRS UMR 5206 Triangle, Université de Lyon
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Communication à la Journée d’études “Autour de Thorstein Veblen: Sociologie économique et critique sociale”, organisée par le laboratoire Sophiapol, Université Paris Ouest-Nanterre, le 13 mars 2015.

Article publié in: European Journal of Economic and Social Systems, Vol. 26 (1-2), 2014, pp. 55-72.
http://ejess.revuesonline.com/article.jsp?articleId=19837

RESUME. L’article se propose d’identifier et d’articuler les principaux apports de l’œuvre de Thorstein Veblen à la théorie de la valeur économique. Au-delà d’un intérêt strictement historique, il vise à nourrir le débat contemporain sur la refondation du concept de valeur et sur les fondements institutionnels du progrès socioéconomique.
Veblen offre d’abord des éléments de critique puissants à l’encontre des deux principales traditions de pensée qui, depuis le milieu du XIXe siècle, ont tenté de justifier la capacité du marché à fournir une mesure objective de la valeur économique, c’est-à-dire le paradigme marginaliste ou néoclassique et l’évolutionnisme libéral d’inspiration spencérienne. Les arguments développés par Veblen ont ceci d’original qu’ils visent les fondements les plus profonds des systèmes de pensée économiques, c’est-à-dire les « préconceptions » des économistes. A ce titre, ses critiques ont conservé une réelle actualité, malgré les transformations internes que ces deux traditions de pensée ont connues depuis plus d’un siècle.
En s’attachant à déconstruire méthodiquement les préconceptions des économistes libéraux, Veblen sape les fondements mêmes d’une supposée objectivité de la valeur marchande. Il montre ainsi que la valeur pécuniaire ou marchande résulte d’une forme d’évaluation parmi d’autres qui réfère à ses propres critères, ceux de la « rivalité », lesquels sont notamment irréductibles aux critères d’évaluation industrielle ou productive. Là où la valeur marchande mesure un « gain différentiel » de nature monétaire, la valeur industrielle mesure une contribution nette aux conditions matérielles d’existence de la société. Cette irréductibilité n’exclut bien sûr pas que la recherche du profit puisse produire des effets positifs sur le bien-être matériel de la société. Ce que rejette Veblen c’est l’idée d’une relation (logique) de nécessité entre l’un et l’autre. Autrement dit, il n’existe pas de fonction établie permettant de relier ces deux ensembles distincts, que sont celui de la « valeur marchande » et celui de la « valeur industrielle ».
Ayant mis en évidence l’autonomie des valeurs marchandes et leur irréductibilité à d’autres régimes d’évaluation, Veblen jette les bases d’une théorie originale et stimulante, quoiqu’inaboutie, du progrès socioéconomique. En montrant l'impossibilité de tirer de l’agrégation des valeurs marchandes une définition satisfaisante de la « valeur sociale », il nous invite à nous interroger collectivement sur les moyens et les fins de l'organisation économique de nos sociétés. L’œuvre de Veblen ouvre ainsi la voie à une réflexion sur les fondements institutionnels du progrès socioéconomique, qu’un autre économiste institutionnaliste majeur, Karl Polanyi, poursuivra quelques décennies plus tard et dont les enjeux se manifestent avec une acuité renouvelée dans le contexte actuel de la crise du capitalisme néolibéral.

MOTS-CLES : Veblen, valeur, marché, progrès socioéconomique, Polanyi

JEL CLASSIFICATIONS : A13, B15, B31, B52, D46 14

 

2 - Intervention de Jérôme Maucourant - Maître de conférence - Université de Saint Étienne - Auteur de Avez-vous lu Polanyi ?

L’économie de l’illusion selon Thorstein Veblen

Les grandes théories économiques qui se sont succédé depuis deux siècles sont fondées sur des théories de la valeur, fût-ce sur le mode objectiviste de la « valeur-travail », voire selon la façon subjectiviste de la « valeur-utilité ». Les concepts de monnaie, capital et finance étaient dérivés des travaux, certes fort différents, mais qui s’inscrivaient tous jusqu’à aujourd’hui dans le paradigme de la valeur. De ce point de vue, les contributions de Veblen constituent une  rupture : elle nous incitent à réfléchir sur cet aspect structurant de la vie sociale que sont les habitudes et représentations collectives, c’est-à-dire les institutions. Cette rupture paradigmatique repose sur une hypothèse particulière : la survie du régime de la propriété privée, fragilisée par la Grande Dépression de la fin du XIXe, implique des transformations institutionnelles majeures qui contraignent le théoricien à historiciser ses concepts habituels.
Il n’est donc pas possible, selon Veblen, d’occulter ces nouvelles pratiques commerciales, financières et bancaires qui s’emparent de la production pour faire de la monnaie, selon ses propres termes, « la réalité ultime des choses ». La compréhension exacte du capitalisme doit intégrer les représentations collectives aliénantes qui sont autant d’images agissantes sur la société. Veblen est le partisan d’une économie de la production à l’encontre de toutes les formes de rentes que permettent les marques, les manœuvres financières et la politique monétaire qui exploitent la crédulité commune. Il tente de montrer que ni la publicité, ni la finance ni les objectifs de « stabilité monétaire » n’ajoutent à la production sociale mais permettent une redistribution de celle-ci. Veblen est un savant iconoclaste au sens propre du terme, un briseur de l’économie des images qui est peut-être plus l’économie de notre temps que l’économie qu’il vivait : en effet, sa méthode « évolutionniste » le prédisposait à saisir ce qui, dans la réalité toujours mouvante, devait être mis en forme théorique, quitte à accentuer des traits qui n’auront pas d’effectivité immédiate
Contre nombre de ses contemporains, Veblen prétend ainsi que la monnaie n’est pas ce voile qui recouvre la réalité économique ; il est peut-être des premiers auteurs hétérodoxes, avant Polanyi, à contester l’intérêt de cette fable du troc, l’« histoire conjecturale » selon laquelle les hommes auraient inventé la monnaie pour faire face aux embarras du troc. Il affirme aussi que l’essor du système de crédit fondé sur le nouvel ordre monétaire n’est aucune façon une transposition raffinée d’un système idéal de troc. Bien au contraire, la monnaie et la finance, en début de XXe siècle, expriment des relations de pouvoirs permettant d’assurer des transferts de propriété propres à assurer le contrôle du système économique au profit « des intérêts établis ». Son analyse de la genèse du Système de la Réserve Fédérale des Etats-Unis est un point  essentiel, trop méconnu, d’une critique fort argumentée du point de vue économique : Veblen soutient que ce dispositif de Banque Centrale est une machine à produire de l’illusion de façon à opérer des transferts de richesses et de pouvoir.
Sans-doute, Veblen retient-il systématiquement dans son modèle ce qui peut faire du capitalisme un pur système de prédation associé à la production massive d’illusions. Par exemple, sa critique de la monétisation des déficits publics s’inscrit dans la croyance dominante des économistes qui lui sont contemporains. Il convient toutefois d’aller au-delà de points ponctuels qui sont des divergences manifestes avec l’enseignement keynésien pour montrer que le modèle de  Veblen est riche d’enseignement. La présentation des rythmes économiques que l’on peut extraire de son œuvre, qu’ils s’agissent de l’ordre de la courte ou de la longue période, peut-être riche d’enseignements. Pour cela, il est nécessaire d’entrer dans les détails de l’analyse des processus monétaires et financiers exposée par Veblen, même si une certaine tradition de l’histoire de la pensée économique, éprise de lecture rapide, a trop souvent vu dans ces écrits, contradictions et confusions.

3 - Intervention de Nicolas Poirier au Colloque Veblen sur Le journal du Mauss - Thorstein Veblen et le destin des signes ostentatoires

http://www.journaldumauss.net/?Thorstein-Veblen-et-le-destin-des