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Du déchet à l’objet de collection : la sociologie de l’enrichissement de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre Lilian Mathieu Imprimer
Enrichissement. Une critique de la marchandise, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Gallimard, 2017, 672 p.

À l’heure où les inégalités entre les individus, les groupes et les nations n’ont jamais été aussi voyantes, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre proposent de mener l’enquête sur les métamorphoses du capitalisme contemporain. Ils font le constat que le statut de la marchandise n’est plus aujourd’hui le même qu’hier. Alors que dans la société industrielle d’antan, la production de la valeur passait par la création de nouveaux objets, dans l’économie d’enrichissement d’aujourd’hui, l’important n’est plus tant de répondre à des besoins qu’à favoriser la mise en scène de choses déjà là. Il s’agit, autrement dit, d’enrichir le monde social comme on peut enrichir un métal. Les collectionneurs, estiment les auteurs, incarnent par excellence une telle posture, que l’on voit à l’œuvre tout particulièrement dans les arts plastiques, la culture, le commerce des objets anciens, le tourisme… Sur fond de désindustrialisation massive, le passé est donc devenu une des principales sources d’enrichissement du capitalisme. Le mouvement ne profite pas cependant de façon égale à tous. C’est une source d’enrichissement (au sens classique du terme cette fois) qui profite avant tout aux plus dotés en capital économique et de ce fait creuse les inégalités. Extrait de Sciences Humaines - 2/2/2017
Enrichissement est une contribution décisive pour comprendre nombre de transformations économiques et sociales en cours. Les objets et domaines de recherche que l’ouvrage éclaire d’un jour nouveau sont extrêmement nombreux, qu’il s’agisse des processus de gentrification, de la patrimonialisation des friches industrielles, des mutations de l’espace rural (avec la transformation des « paysans » en « agriculteurs » puis en « paysagistes »), de la propension des grands patrons à investir dans l’art contemporain, des phénomènes de mode, de la publicité, du tourisme, des usages sociaux de l’histoire et de la culture, de la collection (de timbres ou de toute autre chose) ou, on l’a dit, de la condition des « intellos précaires ». Il convient également de saluer l’ambition des auteurs — manifeste chez Boltanski depuis Le nouvel esprit du capitalisme — de disputer à l’économie ses objets privilégiés et de discuter ses approches canoniques (tant néoclassique que marxiste) en les abordant sous un angle pleinement sociologique. Extrait de Liens socio - Lectures - https://lectures.revues.org/22359