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Le livre noir des banques - février 2015 - note Imprimer

Note de lecture

Le livre noir des banques – Les liens qui libèrent – février 2015 – ISBN  979-10-209-0179-8 – Ouvrage collectif sous l’égide de Attac et Basta !

Nous pouvions craindre à la lecture du titre et des commanditaires un ouvrage strictement polémique et sans grand contenu factuel. Il faut avouer que sa lecture procure une agréable surprise de ce point de vue. Bien entendu, le projet est critique mais si bien documenté qu’il constitue plutôt une synthèse d’informations que l’on trouvait éparses dans une multitude de rapports, d’articles et d’ouvrages consacrés à la question de la place et de la fonction des banques dans l’économie et la société française.

Ceci n’est d’ailleurs pas du tout rassurant tant le constat est préoccupant ! Les 4 premières banques françaises font partie des 29 groupes bancaires dangereux pour la stabilité financière repérés par le Conseil mondial de la stabilité financière. Ces banques, le Crédit agricole, BNP Paribas, la Société générale, et le groupe BPCE (Banque populaire-Caisse d’épargne), contrôlent la majeure partie de l’activité bancaire (85 %) et font du système bancaire français l’un des plus dangereux du monde.
Ces banques se sont livrées et se livrent encore à la spéculation sur une grande échelle. Ces opérations de marché représentent aujourd’hui entre 30 % et 50 % du bilan total des grandes banques. Les activités de marché de BNP Paribas représentent l’équivalent de 42 % du PIB de la France, contre 2 % pour le groupe Crédit Mutuel. Et ses produits dérivés représentent 23 fois la valeur de l’économie française ! Les opérations hors-bilan des grands groupes sur des produits dérivés (sur les CDS par exemple) pèsent 46 fois le PIB français. Largement spéculatives ces activités sont mises au service de quelques grandes multinationales et ne contribuent pas au financement au quotidien des activités des entreprises par le crédit qui demeure très rationné en 2015 malgré le soutien inconditionnel de la BCE au système bancaire européen.
Après la grande crise financière de 2008 (pendant laquelle les banques françaises supportent des pertes très importantes (16 milliards pour BNP en 2008 par exemple – Dexia en faillite – 6, 6 milliards de pertes au frais du contribuable), l’on pense généralement que des réformes drastiques pourraient être imposées aux banques par le pouvoir politique sur le modèle du Glass Steagall Act de 1933 séparant strictement les banques d’affaires des banques de dépôts aux Etats-Unis (aboli en 1999 sous Bill Clinton). Il en fût tout autrement en Europe comme en France sous la pression du lobby bancaire. L’Allemagne et la France ont largement contribué à l’échec des propositions de Michel Barnier – commissaire européen UMP  (rapport Erkki Liikanen – octobre 2012) pour l’Europe préconisant la stricte séparation des activités de banques de dépôt et de banque d’affaires. De même en France, la loi du 26 juillet 2013 n’effectue que des retouches cosmétiques sous l’intense pression du lobby bancaire. Frédéric Oudéa, PDG de la Société générale a estimé que la loi ne toucherait que 1 % de l’activité de sa banque (Commission des Finances – Assemblée Nationale – 30 janvier 2013).
Ceci pose un sérieux problème que l’on dénomme en économie celui de la capture du régulateur. Dans les jours qui suivent le fameux discours du Bourget de François Hollande (« mon ennemi, c’est le monde de la finance ») de 2012, la Fédération bancaire française multiplie les interventions auprès des responsables socialistes dont Jérôme Cahuzac, Michel Sapin, Pierre Moscovici. Bientôt François Hollande rassure les financiers depuis la City (« La gauche a gouverné pendant quinze ans, pendant lesquels elle a libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation » The Guardian – 14 février 2012). Les banquiers assurent qu’une stricte séparation mettrait en péril la souveraineté de la France en affaiblissant les banques françaises. Argument fallacieux puisque les secteurs banques d’affaires de la BNP (720 milliards) et de la Société générale (600 milliards) à eux seuls pèsent d’un poids équivalent à celui de Goldman Sachs (705 milliards) ou Morgan Stanley (680 milliards)… Tous les arguments sont bons y compris celui fallacieux sur le chantage sur les 400 000 emplois du secteur bancaire… Finalement le lobby obtient gain de cause continuant à bénéficier de la garantie de l’Etat (en fait des contribuables) sur les banques universelles évaluée à 48 milliards d’euros par an qu’il craignait de perdre en cas de séparation.
Pour terminer cette note, les auteurs soulignent la contribution des banques à l’accroissement des inégalités en versant des rémunérations pharaoniques à leurs dirigeants, aux traders et autres quants investis dans les activités spéculatives, et finalement à la crise des régimes démocratiques en entretenant des passerelles entre haute finance et haute fonction publique, sans parler de sa contribution à l’évasion et à la fraude fiscale.
Un livre qui donne beaucoup d’arguments pour une reconstruction du système bancaire par quelques mesures simples qui impliqueraient toutefois du courage politique et une mobilisation citoyenne. A lire car cet ouvrage va bien au delà de ces quelques éléments de synthèse.